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Nikos tenta de pousser Thomas vers Santa Claus, mais le petit garçon lui lança un grand coup de pied dans le tibia et s’enfuit en courant dans les coulisses. Le public rit de nouveau.
L’animateur se passa nerveusement la main dans les cheveux. Ces sales gosses ne se montraient pas coopératifs. Pourtant, on l’avait assuré qu’ils avaient été préparés… Lorsqu’il posa la question au troisième enfant, celui-ci répondit :
— Je veux celui qui pue et qui pète.
Puis les gamins se succédèrent. Une petite fille se mit à pleurer quand vint son tour. Une autre déclara qu’elle avait envie de pipi. Les minutes s’égrenaient et la file d’attente diminuait – pas assez vite au goût de l’animateur.
Enfin, l’épreuve se termina et il poussa un soupir de soulagement. Alors qu’il s’apprêtait à appeler Mélusine sur le plateau pour annoncer les résultats, un violent coup de tonnerre retentit dans le studio.
Nikos eut le réflexe de se baisser en se protégeant la tête des deux mains. Puis, se souvenant qu’il était à l’antenne, il se redressa, gêné. Il sourit bêtement et tapota son oreillette qui n’émettait plus aucun son. Un nouveau coup de tonnerre résonna. L’éclairage s’éteignit, plongeant le studio dans l’obscurité.
Des murmures inquiets montèrent du public.
Soudain, une lumière blanche, aussi pure qu’un rayon de soleil, sembla traverser le plafond de la scène. Et il apparut. Il était grand, maigre, un peu voûté et avait une longue barbe blanche. Il portait un costume d’évêque et une mitre. Sa main gauche serrait une crosse. Un cri jaillit de toutes les bouches :
— Saint Nicolas !
Le Saint Patron des petits enfants s’avança dignement sur la scène, l’air furieux. Il était suivi de son acolyte, le Père Fouettard, un personnage sinistre au visage barbouillé de cirage, vêtu de noir et armé d’un long martinet.
Nikos, totalement dérouté, tapa nerveusement sur son oreillette en demandant :
— Production ! Que se passe-t-il ? Est-ce prévu ? Je n’ai plus de son ! Que dois-je faire ?
Réalisant qu’il n’obtiendrait aucune réponse, il tenta de gérer l’imprévu, tout en se promettant de faire passer un sale quart d’heure à l’abruti de scénariste qui avait eu l’idée saugrenue d’introduire de nouveaux personnages dans le jeu sans l’en informer au préalable.
— Bonjour, noble Saint-Nicolas ! déclara-t-il avec un grand sourire en se dirigeant vers l’invité surprise. Et bonjour à vous, Père Fouettard. Je suppose que vous venez pour apporter votre soutien à l’un de nos concurrents…
Saint Nicolas lui lança un regard furibond et leva la main.
— Dieu, fais que cet imbécile se taise !
Nikos écarquilla les yeux : alors qu’il continuait de parler, plus aucun son ne sortait de sa bouche. Il recula, trébucha, puis se retrouva assis par terre. Ébahi, il regarda Saint Nicolas passer devant lui et se diriger vers les candidats.
Olentzero fut le premier à réagir :
— Eh, c’est qui ces guignols ? Qu’est-ce qu’ils viennent foutre là ?
Saint Nicolas n’eut même pas à répondre. Le Père Fouettard s’était déjà mis en action. D’un unique coup de martinet, il projeta le Basque sur une rampe d’éclairage.
— Vilain garnement ! se contenta-t-il d’ajouter en ricanant.
Moroz tapa le sol de son bâton pour faire tomber la neige, puis s’insurgea :
— Qu’est-ce que ça veut dire ? J’allais gagner… Vous n’allez pas tout gâcher !
Saint Nicolas leva sa crosse vers les éclairages, au-dessus du slave. Le Père Fouettard hocha la tête. Puis, d’un bond, il se projeta dans les cintres et en fit dégringoler un assistant qui tenait un gros sac de flocons factices. Heureusement, le sac rembourré amortit la chute du jeune homme qui se sauva à quatre pattes en direction des coulisses.
Moroz se rua sur le Père Fouettard. Celui-ci esquiva la charge et fit un croche-pied à son assaillant qui atterrit la tête la première dans le sac de flocons ouvert. Le Père Fouettard lui décocha un magistral coup de martinet sur le postérieur.
— Vilain menteur ! commenta-t-il en ricanant.
Le public, tout d’abord effrayé, crut qu’il s’agissait d’une mise en scène organisée par la production. Des rires commencèrent à fuser.
Santa Claus, devant la déconfiture des deux autres candidats, préféra jouer profil bas. Il quitta son siège, les deux mains levées en signe de reddition. — Eh, j’ai été payé jouer un rôle, moi, pas pour me faire botter les fesses. J’en ai ras-le-bol de tout ce cirque. Je m’tire !
Son attitude conciliante n’empêcha pas le Père Fouettard de lui mettre un coup de martinet sur le derrière, l’envoyant valdinguer dans le décor.
— Vilain trouillard ! conclut-il en ricanant.
Un éclat de rire général ponctua cette répartie et quelques acclamations retentirent.
Saint Nicolas s’avança au bord de la scène et leva sa crosse pour désigner le décor.
— Il n’y a rien de risible dans ce spectacle de bazar, déclara-t-il gravement.
Les gens se turent, penauds. Même le jury n’osa pas répliquer.
— Cette émission est une honte ! continua le Saint Patron. Ces trois Pères Noëls ne sont que des imposteurs, des acteurs engagés pour singer des personnages mythiques. Et pourquoi ? Pour faire du profit ! Où est le bonheur des enfants dans tout ça ?
Les membres du jury s’agitèrent, mal à l’aise. Madame Martin ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma, préférant se taire. Le public se tint coi.
— Il est temps de retrouver le sens de Noël, les valeurs de fraternité, d’entraide et de compassion qui sous-tendent cette fête.
Fixant la caméra, il s’adressa directement aux téléspectateurs :
— Arrêtez de dépenser votre argent en téléphonant. Vous ne faites qu’enrichir des gens qui ont dévoyé l’image du Père Noël et transformé le vingt-cinq décembre en une fête commerciale. Et interrogez-vous au passage sur votre propre comportement !
Comme pour ponctuer cette accusation, le Père Fouettard ricana.
— À partir d’aujourd’hui, poursuivit Saint Nicolas, je reprends ma place, ma vraie place auprès de tous les enfants du monde. Votre jeu est terminé.
Puis il se détourna pour partir. Le Père Fouettard lui emboîta le pas.
Nikos, qui s’était relevé, constata que son oreillette refonctionnait lorsqu’il reçut des commentaires contradictoires et un flot d’ordres affolés. La production paniquait. Elle exigeait qu’il rétablisse la situation.
L’animateur s’éclaircit la gorge et nota que sa voix était revenue.
— Attendez ! Croyez-vous pouvoir mettre fin à ce jeu simplement parce que vous l’avez décidé ? Vous ne pouvez pas débarquer comme ça sur mon plateau et semer la pagaille. La production va vous attaquer en justice…
Saint Nicolas se retourna et toisa l’importun qui lui tenait tête. Puis il posa la pointe de sa crosse sur le crâne du présentateur vedette qui se transforma aussitôt en un âne.
— Toi, tu m’accompagnes, dit-il en caressant l’animal qui se mit à braire.
Puis il fixa la caméra et dit avec un clin d’œil complice :
— Vous voyez, les petits enfants, c’est lui qui portera vos cadeaux le vingt-cinq décembre. En attentant, soyez sages !
[FIN]
Nouvelles pour adultes
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