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D’un geste théâtral, il leva le bras et un rideau s’ouvrit sur une grande pièce dont la face avant, côté public, était grillagée. À droite, étaient entassés des monceaux de paquets enrubannés. À l’autre bout de la pièce, avaient été montées trois cheminées portant chacune le nom d’un des Pères Noël. Chaque cheminée comportait un âtre décoré de guirlandes, de bougies et de chaussettes de Noël, ainsi qu’un conduit vertical de trois mètres de haut le long duquel était posée une échelle. Enfin, au centre de la pièce, se promenait une vachette.
Nikos attendit la fin des applaudissements – qui énervèrent sensiblement la bestiole – pour continuer.
— Chers candidats, nous allons vérifier si vous êtes capables de distribuer les cadeaux aux enfants la nuit de Noël et de braver toutes les épreuves qui vous attendront ce soir-là. Vous avez trois minutes pour transporter le maximum de paquets. Vous devez remplir votre hotte, courir jusqu’à votre cheminée, grimper à l’échelle et déverser les cadeaux dans le conduit pour qu’ils tombent dans l’âtre.
Les trois Pères Noël se levèrent et se dirigèrent vers le décor du jeu. Un assistant déguisé en elfe du Pôle Nord les introduisit, par une petite porte latérale, dans la pièce grillagée. Puis ils s’avancèrent prudemment pour prendre leur hotte.
Nikos lança le compte à rebours, repris en chœur par le public, et au top départ les spectateurs se mirent à supporter leur candidat. Pendant trois minutes, ce fut une cascade de courses-poursuites, de glissades, de coups de cornes, de jets de paquets dans tous les sens, de chutes spectaculaires et cocasses, le tout sous les cris et les rires du public.
Le Père Noël russe fit tomber de la neige devant la vachette, espérant qu’elle glisserait, mais c’est lui patina et fonça tête la première dans le tas de paquets, provoquant l’hilarité générale. La bestiole se rua sur son derrière imprudemment exposé et lui mit des coups de corne dans la partie la plus charnue. Les rires redoublèrent d’intensité. Les deux autres concurrents, voyant l’animal occupé, en profitèrent pour faire des allers-retours avec leur hotte.
Santa Claus était dans son domaine : depuis plus de cinquante ans, il passait les cadeaux par les cheminées. Toutefois, son embonpoint le rendait plus lent et il avait du mal à éviter la vachette.
Olentzero, pour sa part, ne fut pas ennuyé longtemps par l’animal : il esquiva lestement trois attaques tandis que le public criait « Olé ! », puis lança plusieurs phrases en basque et la vachette le laissa tranquille. Mais il glissait régulièrement de son échelle, se prenant soit sa hotte, soit ses paquets sur la tête.
La cloche signifia la fin de l’épreuve sur un dernier lancer de Santa Claus qui rata la cheminée. La vachette fut évacuée et la grille retirée. Puis une fée court-vêtue rejoignit Nikos devant les cheminées.
— Nous ne pouvons pas vraiment dire que vous ayez été efficaces, Messieurs, railla Nikos. J’espère que le soir de Noël vous ne tomberez pas sur une chauve-souris !
Le public rit à son trait d’humour. Nikos se tourna vers la fée et déclara :
— Mélusine, à vous de nous donner le résultat.
La fée s’avança en ondulant des hanches vers la première cheminée. Elle compta les paquets que sortait l’assistant-elfe-du-Pôle-Nord et annonça :
— Santa Claus : douze.
Les supporters du Père Noël en titre applaudirent frénétiquement.
Mélusine se déplaça de son pas chaloupé vers la cheminée du milieu, suivie par l’assistant déguisé en elfe qui s’accroupit devant l’âtre. Elle recommença à compter les paquets puis lança à haute voix :
— Moroz : quatre !
Des huées de mécontentement s’élevèrent dans les rangs des Baba Yaga.
Mélusine arriva enfin devant la dernière cheminée pour compter. L’irrintzina, le cri des basques, explosa lorsqu’elle annonça :
— Olentzero : quinze !
Le visage de Nikos laissa passer pendant une fraction de seconde un sentiment de contrariété mais il retrouva rapidement son sourire légendaire.
— Ce n’est pas juste ! lança Santa Claus en se dirigea vers l’animateur. Le Basque a l’habitude des vaches. Et puis, le soir de Noël, on ne trouve pas ce genre de bestiole dans le ciel. Vous avez déjà vu des vaches voler, vous ? Moi, je dis qu’Olentzero a été avantagé.
— Ne commençons pas ce genre d’accusations, répondit Nikos. Il s’agit d’une épreuve impartiale qui a permis aux téléspectateurs de vous voir à l’œuvre.
Il détourna le micro de Santa Claus et s’approcha du jury.
— Une réaction de votre part ? demanda-t-il.
— Cela renforce mon point de vue, dit Trilby le lutin. Olentzero a brillamment remporté le test.
— Ha non ! s’écria la mère de famille. Santa Claus a raison : il a été honteusement avantagé par la production. C’est d’ailleurs une honte et je demande que cette épreuve ne compte pas.
Des hurlements montèrent dans le public. La caméra se tourna vers la salle pour montrer un début de bagarre entre une Baba Yaga et un laminak qui furent aussitôt séparés par deux orques du service d’ordre. Nikos attendit une dizaine de secondes, sachant que cette diversion ferait monter l’audimat et lui permettrait de zapper le résultat de l’épreuve. Il revint vers les Pères Noël et leur demanda de s’asseoir.
— Et vous, chers téléspectateurs, n’oubliez pas de voter, dit-il en regardant la caméra. Vous pouvez le faire autant de fois que vous le voulez. Le numéro s’inscrit en bas de votre écran. Je vous rappelle : tapez 1 pour Olenzaro, 2 pour Moroz, 3 pour Santa Claus.
Il se retourna, fit un geste théâtral et annonça :
— Maintenant, c’est l’heure de notre seconde épreuve ! Nous allons laisser la parole aux petits.
Un rideau s’ouvrit, sur le côté de la scène, révélant une longue file de gamins qui attendaient.
— Ces enfants sont venus parler au Père Noël et lui donner leur liste de cadeaux. Mais lequel choisiront-ils ? Ils se dirigeront vers celui qu’ils préfèrent et c’est le candidat qui aura reçu le plus de visites qui l’emportera.
Le public applaudit.
Nikos s’avança vers le premier enfant et lui demanda d’une voix mielleuse :
— Dis-moi, mon petit, sur les genoux duquel veux-tu aller ?
Le petit garçon réfléchit une dizaine de secondes puis désigna timidement Olentzero.
— Pourquoi ? demanda le présentateur.
— Il est rigolo et il pue, répondit le gamin alors que la salle éclatait de rire.
Sans attendre la réponse de Nikos, il se précipita vers le Père Noël basque. Olentzero lui caressa les cheveux sous le regard horrifié de la maman du gamin, assise dans le public. Le candidat venait en effet de manger un énorme morceau de fromage de chèvre et ne s’était pas essuyé les mains. Le gamin se mit à sauter sur ses genoux en riant, et à chaque rebond Olentzero lâcha un pet aussi fort qu’odorant.
La mère de l’enfant ne put cacher son offuscation. Nikos se dirigea aussitôt vers elle et lui tendit le micro.
— Kevin, reviens ici ! Je t’interdis de continuer !
Le gamin sauta une dernière fois, provoquant un nouveau pet tonitruant, puis revint, penaud, vers sa mère.
Ayant regagné la scène, Nikos se pencha vers le deuxième enfant et lui demanda :
— Comment t’appelles-tu ?
— Thomas.
— Quel Père Noël préfères-tu, Thomas ? Je parie que c’est le rouge avec le gros ventre !
— N’importe quoi ! Le Père Noël n’existe pas ! Moi, je veux des cadeaux ! On m’a dit que j’aurais des bonbons…
[...à suivre...]
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