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Douce nuit, sainte nuit par Anne DUGUEL (partie 5 et fin)

Une grimace à vous glacer les sangs déforme le masque immobile de la vieille dame :
— Ah, tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ! Qu’est-ce que vous avez tous, après moi ? Ce n’est pas légitime, pour une mère, de vouloir élever son enfant ? Hein ? Ce n’est pas légitime ?

À cet instant précis, la demie de quatre heures sonne au clocher de la Madeleine. Comme par magie, mamie Lélé retrouve son visage habituel, tendre et inquiet.

— La petite ! s’écrie-t-elle. Je l’ai laissée toute seule ! Je ne comptais pas m’attarder si longtemps…

Elle saute sur ses pieds pour courir vers la porte. Lara, plus vive qu’elle, la repousse sur sa chaise. S’ensuit une empoignade d’une incroyable violence où, en toute logique, la jeune femme a le dessus.
— Tu ne toucheras plus jamais à ma fille, tu entends ! Plus jamais ! feule-t-elle, tandis que sa grand-mère, qu’elle maintient à terre, se débat comme une tortue allongée sur le dos.

— Non, ne me la prends pas ! suffoque cette dernière.
Et, entre deux sanglots, elle ajoute, l’œil mauvais :
— Si je ne peux pas l’avoir, tu ne l’auras pas non plus, je te préviens…
Cette menace met un comble à l’effroi de Lara.
— Que lui as-tu fait ? hurle-t-elle.
Elle se rue sur le palier, dévale les escaliers et court d’une traite jusque chez sa grand-mère.

Fausse alerte ! Rose dort paisiblement dans son petit lit à barreaux, le pouce en bouche, un ours en peluche calé contre sa joue. Avec mille précautions, sa mère l’enveloppe dans une couverture et la ramène chez elle, avec la ferme intention de ne plus la confier à quiconque.

Le spectacle qui l’attend dans sa chambre à coucher la cloue sur place. Son mari et sa grand-mère gisent dans une mare de sang, éventrés par un couteau de boucher qui porte ses empreintes —Hélène ayant pris soin, avant d’exécuter le malheureux Éric, puis de se poignarder elle-même, d’entourer le manche d’un Kleenex. Elle a également alerté la police, affirmant d’une voix chevrotante que sa petite-fille, qui vient de tuer son mari, la menace également, en tant que témoin du crime.

Les flics, déboulant quelques instants plus tard, trouvent « la coupable » prostrée devant ses deux victimes. Elle ne proteste pas quand on lui retire l’enfant qu’elle serre compulsivement contre son sein, et, menotte aux poings, monte docilement dans le fourgon. Tandis que le cadavre d’Éric, enveloppé dans un sac plastique, est emmené à la morgue pour l’autopsie de rigueur, une ambulance, toutes sirènes hurlantes, transporte Mamie Lélé à l’hôpital. Ses blessures, bien que spectaculaires, ne mettent pas ses jours en danger, le couteau ayant glissé sur les côtes sans atteindre d’organe vital — « parce que je me suis défendue », précisera-t-elle plus tard aux enquêteurs, les marque de lutte qu’elle porte aux bras et au visage faisant foi.

Quelques semaine suffiront à la remettre sur pied, au terme desquelles elle obtiendra la garde de Rose dont, après jugement, elle deviendra la tutrice officielle.

Lara, quant à elle, en prend pour vingt ans dont dix en HP, les experts estimant que le traumatisme lié au meurtre de ses parents la rend partiellement irresponsable de ses actes. Quand elle sortira, Rose, sera en âge de voler de ses propres ailes.

Et de procréer, qui sait ?
Encore de bien beaux Noëls en perspective, pour la bonne mamie Lélé !

[FIN]


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