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Jorick s’était levé tôt. Il était sorti de la maison sur la pointe des pieds, ses bottes à la main et ne les avaient enfilées qu’une fois parvenu sous l’arcade. La grande avancée de plasverre protégeait la porte d’entrée du vent froid qui dégringolait toutes les nuits des monts de l’Air, loin, là-bas, vers l’est. Tout le monde dormait encore à poings fermés. La fête en l’honneur de la naissance de sa petite sœur s’était prolongée tard dans la soirée.
Son père et les hommes des autres domaines avaient chanté à qui mieux mieux tout en arrosant copieusement l’arrivée de la nouvelle habitante de la zone 19.49. Pas mal de bidons de bière de misk avaient été vidés. Pendant ce temps, les femmes s’extasiaient devant la petite chose rouge et fripée qui dévorait l’un après l’autre les seins de sa mère.
Jorick avait dit que oui, il était content, qu’elle était belle, et qu’il avait choisi son prénom : Flossie, parce qu’il avait lu un livre où une princesse s’appelait comme ça. Un livre qui venait de la Terre où une Flossie devenait un jour Reine des fleurs.
Des fleurs… Jorick aurait tant aimé en voir pour de vrai, autrement que dessinées sur les illustrations des livres de l’école.
- Tu sais bien que chez nous il n’y en a pas, répondait invariablement son professeur à chacune de ses demandes.
« Chez nous », c’était là, devant la maison, à perte de vue, une plaine immense couverte d’un lichen vert bronze qui prendrait en séchant, d’ici quelques temps, sa couleur d’hiver, un rouge éclatant.
Le décor se métamorphoserait alors en une mer sanglante et figée. Puis viendrait le mois de la moisson, une période que Jorick adorait parce que son père l’autorisait à monter avec lui dans la cabine de la grande broyeuse familiale les jours où il n’y avait pas d’école. Jorick était fier de dominer la plaine du haut de l’énorme machine qui dormait tout le reste de l’année sous le hangar.
Il aimait voir les mâchoires métalliques réduire le lichen à d’interminables alignements de poudre rouge sur les milliers d’hectares du domaine.
Ensuite, venaient les vaisseaux renifleurs qui descendaient lentement du ciel pour déployer leurs gigantesques tubes et aspirer le lichen pulvérisé afin de l’emporter dans leurs soutes jusqu’aux mondes qui n’avaient pas la chance de posséder parmi leurs végétaux un lichen comme celui de Tudyr.
- Car il n’y a que sur notre planète que pousse le lichen de noël, lui avait expliqué son père dès qu’il avait été en âge de comprendre. On l’appelle comme ça parce qu’on le moissonne à cette date.
.. A suivre ...
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