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Le pilote avait mis sa nef en mode furtif en orbite autour de cette planète étrange, entièrement couverte d’une lèpre verdâtre, seulement ponctuée par ci par là d’habitations cossues.
Les habitants, environ au nombre de deux cent mille, étaient disséminés un peu partout sur l’immensité de l’unique continent. Une chaine de montagne traversait la plaine comme une dorsale titanesque du nord au sud. Le marécage acide et stérile qui occupait le reste du monde ne présentait aucun intérêt. Mais c’était peut-être de là qu’était sortie un jour cette mousse verte qui avait conquis toutes les terres solides sauf les montagnes.
- Se doutent-ils de quelque chose ? murmura doucement la nef à l’oreille de son pilote.
- Je ne sais pas, répondit-il en subvocalisant les mots directement dans l’esprit de son biovaisseau.
La paroi transparente du centre conscient de la nef où était installé le pilote, frémit. Elle était inquiète. Comme à chaque fois qu’elle détectait quelque part dans la galaxie des humains en danger.
Elle avait tenu à conduire son pilote jusque là, dans ce système solaire dont l’étoile, une naine blanche, allait bientôt subir l’influence néfaste de la géante rouge toute proche. La grande allait déverser sa matière cosmique sur sa petite voisine, et les rayons violents qui s’en suivraient condamneraient à mort tout le système solaire.
Une nova. Qui brillerait bien au-delà de la nébuleuse à laquelle les hommes de cette portion de la galaxie avaient donné le nom de Sadela, la Souveraine. Il fallait agir. Mais comment ? Sauver une population malgré elle n’était pas une entreprise aisée, ils en avaient déjà payé le prix dans le passé, et le pilote s’était juré de ne jamais recommencer. Mais la nef insistait.
- Il y a des enfants, dit-elle. Et c’est bientôt une fête nommée Noël pour eux.
Le pilote ne put s’empêcher d’écarquiller ses yeux immenses dans le cocon de douceur où il était installé près du cerveau de l’être galactique. L’empathie de sa nef pour les humains le surprenait toujours.
Jorick n’aurait jamais espéré vivre un jour ce qui lui arriva, ainsi qu’à tous les Tudyrans, le soir du 24 décembre.
Les nefs se posèrent aux points de rendez-vous. Le message était parvenu à toutes les familles du continent. Elles devaient se réunir et attendre. Chacun des chefs de zone avait compris que le salut était là, dans ce message étrange qu’aucun des satellites en orbite autour de Tudyr n’avait perçu.
Le lichen mourait, desséché depuis des semaines par les rayons tueurs de la nova en formation. Bientôt ce serait dans leur corps que les Tudyrans ressentiraient les effets funestes des radiations. Pourtant, parmi les milliards d’habitants vivant sur les autres mondes, personne n’avait levé le petit doigt pour Tudyr. La planète était devenue maudite. En mourant, elle condamnait les voies spatiales à se refermer, contraignant les hommes à s’organiser pour la survie. On accusait les Tudyrans de n’avoir pas su prévoir.
Pourtant ils n’étaient en rien responsables. Mais aucun astronome n’avait encore compris le phénomène. Les étoiles savent être discrètes au début d’une agonie qui durera un million d’années.
... A suivre ...
Contes pour enfants
Reims destination Noël vous propose cinq contes de Noël totalement inédits et spécialement imaginés et écrits par la plume experte, de cinq auteurs de nouvelles et d’ouvrages dédiés à la jeunesse.
Belle lecture....
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